Pour ce troisième et dernier portrait, nous vous présentons le profil de Raphaëlle Aviat qui est diplômée d’un DESS « Histoire et métiers des archives » en 2000.
Raphaëlle Aviat travaille comme archiviste indépendante et est affiliée à une coopérative d’activité et d’emploi.
Voici son parcours
La voie des archives, retour sur un parcours universitaire :
J’ai suivi un cursus d’histoire à l’université de Bourgogne. Histoire en général au début, puis de plus en plus contemporaine au fil des ans. Mon sujet de maîtrise a porté sur les femmes dans la Résistance dans le Morvan. Je suis allée recueillir le témoignage d’anciennes résistantes bien vivantes, chez elles. C’était en 1994. En dehors de cela, je n’avais aucune inspiration particulière pour la suite. Je savais juste que je ne voulais pas être prof.
Débuts dans le monde professionnel et premier poste :
Cela a commencé par un grand hasard et un petit boulot. Je venais d’emménager à Paris. En dépannage, j’ai trouvé une vacation de quelques mois au service archives du ministère de la coopération. Contre toute attente, ce premier contact a été décisif. Tout d’abord, j’ai rencontré ma première archiviste. Elle portait un collier de trombones de toutes les couleurs. Sa fantaisie alliée à son poste à responsabilités ont ouvert une brèche dans les représentation erronées que je me faisais de l’administration. Et puis, j’ai découvert que ce boulot ingrat que personne ne voulait faire moi il me plaisait beaucoup. Voire, il me faisait du bien. Quelques vacations d’archives plus tard, j’ai repris mes études et intégré le DESS à Angers en 1999.
Comment votre carrière a-t’elle évolué ? Quel poste occupez vous actuellement ?
De vacations en CDD, j’ai rêvé à l’indépendance pendant 10 ans. En 2013 j’ai sauté le pas et créé « archibienrangé ». Le changement de posture d’employée à entrepreneure s’est fait très naturellement. La relation clients correspond bien à mon tempérament de challengeuse : il y a un problème, j’ai une solution. Et comme j’ai travaillé dans beaucoup d’environnements différents, il n’y a pas beaucoup de situations devant lesquelles je me sente démunie. J’ai démarré en auto-entreprise. Trouver le bon statut juridique n’a pas été immédiat. En 2017, j’ai rallié une coopérative d’activité et d’emploi, Antigone au sein de laquelle je suis à la fois entrepreneure et salariée (de la coopérative, mon salaire étant calculé au prorata de mon chiffre d’affaire). De plus, je suis associée au capital de la coopérative. C’est un statut humainement très stimulant et éthiquement plus durable que l’auto-entreprise. Mes clients sont le plus souvent des structures publiques. Les documents que je traite sont exclusivement papier et datent rarement d’avant la 2e guerre mondiale. Je propose des solutions d’archivage telles que traitement d’arriéré, récolement, versement, déménagement, rédaction de bordereau d’élimination, etc. Petit à petit j’ai ajusté mon activité à mes besoins, mes envies, mes opportunités. L’entreprenariat c’est aussi incarner ses valeurs et ses choix.
Et dans 5 ans ?
Aucune idée. Je sais juste que la retraite ne sera pas très loin.
Qu’est-ce qui vous plaît dans votre poste actuel ?
L’équilibre. À tout point de vue. Équilibre entre missions solo et missions en groupement. Entre liberté de mener mon activité et sécurité du salariat. Entre déplacements et home office. Entre tâches intellectuelles et tâches manuelles. Entre petits et gros clients. Entre temps travaillé et temps libre.
Avez vous rencontré des difficultés particulières durant votre parcours ?
J’aime beaucoup mon métier, un peu moins tout ce qu’il y a autour : la routine, l’administratif, la hiérarchie. Lorsque j’étais employée, j’ai souvent subi les temps « sociaux » comme de véritables temps morts. Depuis que je suis indépendante je passe mon temps de travail dans les archives, pour les archives, avec les archives, au plus proche de mon cœur de métier. D’ailleurs, si ce métier n’existait pas je ne sais pas ce que j’aurais pu faire d’autre.
Un moment marquant dans votre carrière ou représentatif de votre poste actuel ?
En 2021, j’ai rencontré une archiviste, elle aussi indépendante et installée en Alsace. Depuis 4 ans, nous travaillons régulièrement ensemble sur des chantiers de grande envergure que nous ne pourrions pas réaliser seule. C’est important pour nous que des structures à taille humaine telle que la nôtre résistent sur le marché du traitement documentaire afin de renouveler l’offre que les grands groupes ont tendance à dégrader. J’en profite pour lancer un appel : les besoins sont vraiment là, archivistes prenez votre indépendance!
Question bonus : l’Aedaa et vous. Que vous évoque votre passage dans l’association ?
Archivore. J’avais eu la joie d’y publier un article en 2000 sur mon expérience d’archiviste en coopération aux Comores.
Pour lire l’article : Archivore, n°15, Janvier 2000, 15 p. – Aedaa
Un grand merci à Raphaëlle pour le partage de son parcours !
