Compte rendu de la rencontre du Collectif A8 et de l’ICA/SPA

Le 31 mars dernier, à l’occasion du Forum des archivistes à Troyes, plusieurs associations étudiantes du Collectif (Adal, Adeda78, Adelitad, Aedaa et AedAmu) ont rencontré l’ICA/SPA (section des associations professionnelles du Conseil International des Archives) avec qui l’AAF les avait mis en relation quelques semaines avant le Forum.

Étaient présent(e)s lors de cette matinée d’échanges :

Pour les associations étudiantes :

  • Florian Giraud, Marion Rivière (Adal)
  • Frédéric Allio, Maud Jouve, Lucile Node (AedAmu)
  • Anaël Roinard (Aedaa)
  • Sébastien Menu (Adeda78)
  • Noémie Dohey (Adelitad)

Pour l’ICA/SPA :

  • Cristina Bianchi (Suisse)
  • Marta Munuera Bermejo (Catalogne)
  • Claude Roberto (Canada)
  • Fred Van Kan (Pays-Bas)
  • Becky Haglund (États-Unis)
  • Bettina Joergens (Allemagne)
  • Vilde Ronge (Norvège)
  • Michal Henkin (Israël)

La rencontre avec les membres de l’ICA/SPA s’est déroulée sous forme d’une table ronde durant laquelle échanges et bonne humeur ont rythmé notre matinée. Dans un premier temps, les membres de la délégation de l’ICA/SPA ont posé de nombreuses questions aux membres du Collectif.

1ère question : Quelles sont les différentes formations en France en archivistique ?

Maud (AedAmu) : Dans le milieu universitaire, les formations en archivistique proposées sont essentiellement de niveau bac + 5. Après une licence, généralement en histoire, en littérature ou bien dans le domaine du patrimoine, les étudiants suivent des masters professionnels en archivistique sur 2 ans.

2ème question : Comment les étudiants choisissent leurs formations professionnelles en master ?

Florian (Adal) : Pour les étudiants, le choix de la formation se fait généralement en fonctions de la localisation géographique de leur lieu de vie par rapport à celle des organismes de formation. A noter que certaines formations auraient une meilleure réputation que d’autres, par exemple Angers et Mulhouse, qui sont les formations en archivistique universitaire les plus anciennes.

3ème question : Quel est le contenu principal des formations ? Les domaines des nouvelles technologies et de l’archivage électroniques sont-ils abordés ?

Maud (AedAmu) : En France, le contenu des enseignements concerne principalement les missions dites traditionnelles de l’archiviste (« les 4 C »). Suivant les formations, les notions de « records management » et d’archives électroniques sont plus ou moins abordées et approfondies.

4ème question : Qu’en est-il de l’apprentissage sur les archives privées des entreprises ?

Noémie (Adelitad) : A Mulhouse, les archives privées d’entreprises sont largement évoquées dans la formation ; il existe même un parcours dédié. L’histoire industrielle de la région explique cette spécificité.

Maud (AedAmu) : A Aix, il n’y a pas de cours centré sur les archives privées d’entreprises.

Sébastien (Adeda78) : Dans les universités, chaque formation demande de réaliser des stages et les étudiants ont alors la possibilité de les faire dans le domaine des archives privées d’entreprises.

Anaël (Aedaa) : Les employeurs des entreprises privées recrutent surtout des personnes pour les archives électroniques. Pour les étudiants, ces recrutements sont compliqués car ils manquent de compétences et d’expériences dans ce domaine.

5ème question : Avez-vous tous un travail aujourd’hui ? En sortant des études, les étudiants trouvent-ils du travail facilement ?

Florian (Adal) : Le Collectif A8, en partenariat avec l’AAF, a réalisé pour la 3ème fois une enquête portant sur l’insertion professionnelle des archivistes. Les résultats de cette enquête indiquent que la majorité des étudiants trouvent un emploi durant la 1ère année suivant l’obtention de leur diplôme. Cependant ces premiers emplois sont souvent des CDD, principalement dans le secteur public.

Maud (AedAmu) : Le Collectif A8, qui réunit toutes les associations étudiantes des différentes formations universitaires en archivistique de France, publie deux 2 fois par mois un bulletin des offres d’emplois et de stages afin de faciliter l’insertion professionnelles des étudiants nouvellement diplômés.

6ème question : Participez-vous au programme de ce forum ? Existe-t-il une section spécifique pour les jeunes à l’AAF ?

Maud (AedAmu) : Dans le cadre du Forum, l’AAF a organisé une opération appelée “Forum des métiers” consistant à proposer aux membres qui le souhaitaient de rencontrer des étudiants et jeunes diplômés afin d’échanger autour de leur expérience professionnelle.  Le but étant que ces jeunes diplômés rencontrent des archivistes expérimentés aux profils variés pour évoquer la profession, l’insertion professionnelle et leur ressenti sur le métier d’archiviste.

7ème question : Est-ce que le management d’équipe est abordé dans les formations (comme en Allemagne) ?

Anaël (Aedaa) : Cette compétence est très peu abordée.

Florian (Adal) : On apprend surtout cette compétence directement dans nos emplois et lors des formations AAF.

8ème question (posée par le Collectif A8) : Qu’en est-il des formations en archivistique dans chacun de vos pays ?

Bettina Joergens (Allemagne) : L’Allemagne est un pays fédéral, chaque région doit discuter avec les autres des programmes de formation pour trouver un accord couvrant l’ensemble du pays. C’est donc un processus très long pour mettre en place des formations en archivistique ou dans d’autres domaines. Mais elles existent dans chaque région.

Becky Haglund (États-Unis) : La formation en archivistique se concentre beaucoup plus sur les bases de l’archivage et l’archivage électronique. Il n’y a pas de place pour le management d’équipe dans les formations.

Fred Van Kan (Pays-Bas) : C’est la même chose. Cependant, il y a une forte demande de personnes formées aux bases de l’archivistique et de l’archivage électronique. La gestion d’équipe est évoquée en fin de parcours dans les formations. Ces dernières ont pour objectif premier que les étudiants soient d’abord formés en archivistique.

Vilde Ronge (Norvège) : Les études sont différentes. D’un côté des étudiants apprennent l’Histoire et se spécialisent en archivistique et de l’autre il y a des formations en records management. Mais il n’existe aucune passerelle entre les deux.

Marta Munuera Bermejo (Catalogne) : En Espagne, et plus spécifiquement en Catalogne où il y a la seule et unique formation en archivistique, c’est le même problème. C’est d’ailleurs l’association des archivistes de Catalogne et d’Espagne qui donne cette formation aux étudiants. La formation est donc très précaire.

Maud (AedAmu) : En France, les formations commencent à être vraiment reconnues. Les formations sont récentes au final, mais un métier qui existe depuis longtemps. Les nouvelles formations dans les masters connaissent en permanence des changements et tentatives d’améliorations.

Cristina Bianchi (Suisse) : C’est le même problème pour les formations. Il y a un véritable manque de reconnaissance dans le travail, surtout vis à vis des entreprises privées qui ne les connaissent pas.

Florian (Adal) : Certains anciens étudiants travaillent dans des entreprises privées mais ce sont des cas assez rares.

Anaël (Aedaa) : Certaines formations universitaires ont noué des liens (par le biais de conventions) avec des grosses entreprises telle que PSA (Mulhouse) ou EDF à Angers.

Michal Henkin (Israël) : Il n’y a pas trop de différence avec les autres formations dans le monde. Si ce n’est que les étudiants sont tous plus âgés : 30/40 ans. Ce sont souvent des reconversions. Les études en archivistique dans ce pays sont compliquées : manque de programme, manque d’enseignants… Malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’évolution depuis quelques années.

Claude Roberto (Canada) : Au Canada, il y a six  universités qui proposent des formations en archivistique. Ce sont des formations plutôt anciennes avec par contre des spécificités plus récentes et de plus en plus pointus sur le métier.

9ème question : En matière de numérisation de documents, de documents iconographiques et audiovisuelles, avez-vous un module dans vos formations là-dessus ?

Sébastien (Adeda78) : En France, il existe notamment deux formations spécifiques pour les archives audiovisuelles à Toulouse et à Paris.

10ème question : Au niveau de la mise en ligne des documents, qui est une problématique récente et qui engage un processus complexe, quelles sont les formations que vous avez eu la dessus ?

Maud (AedAmu) : Les offres d’emploi relatives à de la numérisation ne sont pas forcément bien vues en France, lorsqu’on demande à des personnes d’être diplômées de master 2 en archivistique pour effectuer un travail d’opérateur de numérisation. Alors que c’est un véritable travail d’analyse et d’indexation. Cependant, la numérisation des registres paroissiaux et d’état civil est presque systématique dans les services d’archives car ce sont les documents les plus consultés et donc les plus fragiles. Ce sont les Archives Départementales qui gèrent et contrôlent la conformité de ces numérisations.

Claude Roberto (Canada) : ce sont les conservateurs qui numérisent, indexent et analysent les documents. Ce sont de vrai spécialistes en conservation, ce ne sont pas que des techniciens.

Marta Munuera Bermejo (Catalogne) : La numérisation est trop chère. Économiquement, nous manquons de moyens.

11ème question : Comment se sont créées vos associations ? De quelle volonté ?

Maud (AedAmu) : L’AedAmu est née d’une demande expresse des responsables professionnel et universitaire de la formation. C’est réellement un plus d’avoir une association en lien avec la formation pour accompagner les étudiants pendant et après leurs études. Ce sont des associations plutôt dynamiques. Elles organisent des Journées d’étude, des journées de rencontre où les anciens et les nouveaux étudiants échangent sur le métier et la formation. Cependant, il est difficile aujourd’hui de motiver les étudiants des nouvelles promotions. Concernant l’AedAmu, ceux qui gèrent l’association sont pour la plupart issue des premières promotions.

Noémie (Adelitad) : La formation de Mulhouse est la plus ancienne, elle a plus de 30 ans. L’association liée à cette formation avait été créée par les étudiants pour faire connaître le métier et leur formation (qui était donc alors la seule en archivistique de France, hors Ecole nationale des Chartes).

Fred Van Kan (Pays-Bas) : Dans les autres pays du monde, ce type d’association étudiante en lien avec les formations n’existe pas. L’ICA est divisée en sections, représentant chaque pays, qui se réunissent pour des temps conviviaux. Par exemple, il va y avoir prochainement un festival du film archivistique à l’occasion du prochain congrès de l’ICA, qui se tiendra à Séoul en septembre prochain. Au total, 66 films de tous pays ont été reçus et le jury en sélectionnera 9. Le public sera prochainement invité à voter pour le meilleur film (prix du public).

Nous tenons à remercier les intervenants de l’ICA/SPA pour la matinée qu’ils nous ont accordée. Une matinée d’échanges, de partage, qui s’est terminée par une photo afin d’immortaliser ce moment !a8_ica-spa_20160331

Compte rendu proposé par Lucile NODE (AedAmu) et Marion RIVIERE (Adal)

Laisser un commentaire