4. La Recherche en archivistique et les sciences de l’information

Quatrième partie : La Recherche en archivistique et les sciences de l’information

Mme Chabin [37]

L’intervention de Marie-Anne Chabin a pris la forme d’un commentaire d’une dizaine de transparents. Les éditeurs des actes de la journée ont retranscrit l’enregistrement de son exposé.

À l’issue de cette journée, je me présenterai comme archiviste, praticienne et théoricienne, indépendante et autonome. Je vais modifier ma carte de visite… J’ai pris conscience aujourd’hui que j’étais une preuve que l’on peut faire de la recherche en archivistique hors des structures officielles. Pour faire de la recherche en archivistique, deux données sont primordiales : avoir une envie irrésistible de chercher – cela dépend de chacun d’entre nous –, trouver un moyen de faire connaître et de diffuser ses travaux. À défaut, un éditeur ou un forum Internet permettent de s’exprimer.

Le thème de cette intervention « l’archivistique et les sciences de l’information » m’amène à faire un commentaire assez court de ces trois termes et à en tirer quelques conclusions.

Convergences et spécificités

Je commence par le premier terme : qu’est-ce que l’archivistique et quel est son objet ? Pour moi, il se rattache aux trois champs définis par Michel DUCHEIN – vous me direz qu’il y a une différence entre champ et objet, mais on détaillera plus tard – :

  1. la théorie de l’organisation des archives, donc la théorie d’organisation des fonds, basée sur le principe fondateur de l’archivistique qui est le principe de provenance ;
  2. la conservation matérielle de ces archives ;
  3. le fonctionnement des services, ce dernier point étant de l’archivistique non pas impure, mais « non pure ».

L’archivistique a une définition restreinte, qui correspondrait aux deux premiers champs, et une définition plus large sur le fonctionnement des services pouvant aussi s’étendre au métier d’archiviste dans la société. Ces différents champs de recherche se trouvaient aussi ce matin dans la communication de Carol COUTURE.

Deuxième point : qu’est-ce que l’information ? « L’information est la partie visible de la connaissance ». Cette définition a été donnée par Jean-Louis ERMINE, chercheur au CEA et auteur d’une des théories actuelles en France sur le knowledge management (ou gestion des connaissances). Le terme visible sous-entend que l’information a été, comme disent nos amis canadiens, consignée, c’est-à-dire fixée sur un support. Même s’il s’agit d’un support électronique, il y a un côté visible par l’intermédiaire de la machine, le support étant à la fois ce qui précisément supporte l’information et ce qui permet de la transmettre. Pour le terme support, les Anglo-saxons disent medium, insérant ainsi l’aspect transmission.

L’information, partie visible de la connaissance, a trois propriétés : elle a d’abord une origine, une motivation identifiable car, en tout état de cause, c’est l’homme qui produit l’information. Même lorsque l’information est produite par une machine, il y a toujours une commande humaine. Il y a donc une raison d’être à toute information.

Ensuite, elle est liée à un support qui sert à la fois de mémoire de l’information et de transmission de cette information. Dans le contexte numérique, ces deux fonctions du support sont bien mises en évidence.
Enfin, l’information a une « portée » pour ses utilisateurs. Ce terme de diplomatique correspond à celui plus documentaire de « valeur », mais le concept est clair.

Troisième point, la notion de sciences. Que peut faire la science de l’objet d’étude et d’expérimentation qu’est l’information ? Eh bien, la science étudie les propriétés de cette information, ses caractéristiques ; elle étudie aussi les flux ou le comportement de l’information. La recherche fondamentale doit observer à la fois l’information statique et l’information dynamique. La recherche appliquée quant à elle, s’attachera d’une part aux méthodes d’analyse et de traitement de l’information et d’autre part aux techniques de traitement et aux outils.

Les spécificités de l’archivistique telles que je les vois dans cette problématique, sont au nombre de trois et répondent plus spécialement à la définition de l’archivistique, de la science archivistique et non aux autres sciences de l’Information.

Les trois caractéristiques de l’archivistique sont, me semble-t-il, les suivantes :

  1. l’information est fixée dans un document qui supporte lui-même une activité identifiée. Par définition, l’information d’archives n’est pas son propre but, par opposition à ce qu’on trouve parfois dans la documentation et toujours dans les bibliothèques. Les textes en français sur le Records management insistent sur ce point : l’archive vise un but distinct d’elle-même parce que l’archive « supporte » une activité ;
  2. l’archivistique est une science qui s’applique à des masses d’archives (en tant qu’information, support et contexte) qui sont hétérogènes. Faisons un lien avec la documentation et la bibliothéconomie qui seraient les deux principales sciences de l’information voisines. La masse n’est jamais aussi imposante en documentation que dans un fonds d’archives. En bibliothéconomie, les fonds peuvent être assez volumineux, mais peu hétérogènes au niveau de la forme des documents – je ne parle pas des contenus ou de l’intérêt de l’information. L’archivistique est, elle, par définition, un champ qui est déterminé par la provenance, par le producteur. Même si l’on normalise en amont la production de l’information, il y aura toujours des informations qui se créeront en dehors des normes et qui échapperont au cadre initialement défini. Nous aurons donc toujours une partie hétérogène et marginale dans la constitution d’un fonds ;
  3. l’archivistique est une science où prédomine la notion du temps qui passe, plus que dans d’autres disciplines. Ma remarque s’appuie sur le cycle de vie de l’archive est tout de même central dans tous les travaux et les méthodes d’approche du traitement des archives. Que ce soit dans l’archive papier, l’archive électronique, ce point-là est vraiment le point central de la problématique.

Ce que l’archivistique exclut

Deux points me paraissent importants pour distinguer l’archivistique des autres sciences de l’information. Je ne parle pas du domaine historique, puisque nous l’avons abordé dans la séance précédente.

Premièrement, l’archivistique n’étudie pas ce que j’appellerais l’information absolue, celle qui n’est pas faite pour supporter une activité distincte et qui est mise au jour sans environnement de création spécifique : c’est le propre de la documentation de gérer l’information absolue, de la rechercher là où elle existe pour la servir à des utilisateurs. L’information absolue est une information qui se matérialise sous la forme d’une phrase avec un verbe, un sujet, un complément, par exemple : « la population de la France est de 60 millions en 2000 ». On peut l’utiliser telle que. L’information d’archives répond aussi cette définition mais elle est beaucoup plus large car elle est indissociable du contexte de création du document ; autrement dit, l’information d’archives est « relative » au contexte de création.

Deuxièmement, l’archivistique n’étudie pas non plus l’information qui est conçue et organisée pour être diffusée. Ceci est la caractéristique des bibliothèques. Cela dit, ce deuxième point mériterait d’être nuancé : dans les cinq siècles passés, pendant l’ère de l’imprimerie, il était aisé de distinguer les archives manuscrites et la documentation ou la bibliothèque imprimée.

Dans un environnement électronique et pour un certain nombre de types de documents, il est plus difficile de faire la différence. Tout comme il est de plus en plus difficile d’affirmer quelquefois si tel document est un document de bibliothèque, un document d’archives ou un document de documentation. Le plus souvent, ce sera le même document qui pourra avoir les trois approches et qui pourra faire l’objet des trois démarches : ainsi le rapport annuel d’une grande entreprise est aussi bien un outil de communication qu’un outil pour rendre compte des obligations légales de l’entreprise et une source quotidienne de documentation.

Ce que l’archivistique vise

Si nous voulons cerner davantage le champ de l’archivistique et de la recherche en archivistique, il faut savoir définir ce que l’archivistique n’étudie pas et savoir définir les préoccupations qu’elle partage avec les autres sciences de l’information.

Je souhaite mettre l’accent sur trois points.

  • La première préoccupation partagée – et ce sera peut-être plus le fait des bibliothèques – est la conservation des supports sur le long terme. Comme Philippe CHARON l’a souligné, il y a eu beaucoup de travaux sur la conservation du papier, la conservation des encres, et cette préoccupation est largement partagée avec les bibliothèques.
  • La seconde préoccupation commune est l’accès au contenu documentaire (qui est le propre de la documentation, plus encore que des bibliothèques) et souvent avec un besoin d’urgence. Ainsi ce sont développés beaucoup de centres de documentation ; les sciences et techniques documentaires ont développé des outils qui sont assez performants et auxquels l’archivistique a sûrement à emprunter aussi : les thésaurus, les pratiques d’indexation, etc.
  • Enfin, les technologies numériques ont un impact sur toutes les sciences de l’Information. Cet impact se fait par deux voies : d’un côté, la voie de la production (production des documents avec des outils bureautiques, à l’aide des systèmes d’information, sur Intranet et sur Internet : publications numériques et sites web) ; de l’autre côté, la voie de la communication des archives avec la numérisation et la mise à disposition des publics. Sur ce plan-là aussi, nous partageons les mêmes soucis avec les autres sciences de l’information.

En revanche, l’archivistique a en propre :

  1. l’étude du document comme support de preuve – c’est-à-dire l’aspect diplomatique –dans l’environnement des évolutions technologiques et culturelles ;
  2. la sélection de l’information utile : les problèmes d’identification du document (il s’agit pour nous d’identifier les documents qui vont être conservés), les problèmes de tri pour lesquels il est nécessaire d’approfondir la méthodologie, et les problèmes d’élimination à terme qui en découlent.
  3. la préservation du contexte sur le long terme ; sélectionner l’archive dans son contexte, que ce soit sous forme papier avec l’environnement de production ou l’environnement du dossier, ou que ce soit sous forme électronique avec les métadonnées. Cet enjeu de préservation du contexte soulève des questions spécifiques qui peuvent certainement faire l’objet de recherches.

Disciplines connexes

Dans cette problématique, l’archivistique s’appuie sur des sciences et des disciplines qui sont connexes et distinctes. A vrai dire, je n’ai pas trouvé de définition très rigoureuse de ce que sont les sciences de l’information. Dans mes propos, j’entendais comme sciences de l’information les trois disciplines que sont l’archivistique, la documentation et la bibliothéconomie. Mais on pourrait élargir la définition, notamment au knowledge management.

Les sciences ou techniques connexes et distinctes de l’archivistique mais qui servent ses intérêts sont de trois ordres.

  • Au premier chef, la science des matériaux d’écriture et de stockage : je ne pense pas personnellement que l’étude de la durabilité des supports – qui est une vraie problématique pour les archivistes – soit une science archivistique ; c’est une science distincte qui est plus celle des chimistes que des historiens, si on veut passer en revue l’ensemble des interlocuteurs de l’archiviste.
  • La science archivistique s’appuie aussi, et s’appuiera davantage dans le cadre numérique, sur les sciences du langage et le traitement des contenus (tout ce qui tourne autour des sciences cognitives, de la linguistique, de la sémantique, de la sémiotique). L’appui aura lieu dans le cadre des recherches qui mèneront à la modification des outils de production de l’archive. Je vous renvoie à ce que nous a dit tout à l’heure Françoise Banat-Berger au sujet de XML : ce sont des linguistes tout autant que des techniciens, et pourquoi pas des archivistes, qui interviendront dans ces disciplines.
  • Troisièmement, à l’autre bout de la chaîne, l’archivistique s’appuie sur les techniques documentaires, c’est-à-dire les méthodes de mise à disposition, de repérage, d’information sélective, etc. Nous définissons là le rapport entre le professionnel de l’information et les méthodes dont il dispose pour mettre à disposition de son public l’information qu’il a sélectionnée.

Je conclus en regrettant qu’il n’y a pas vraiment de recherche en archivistique organisée en France. Or il doit y en avoir une, c’est certain. L’archivistique doit pouvoir définir, par cette recherche, son articulation avec les autres sciences que sont la bibliothéconomie et la documentation, mais aussi le knowledge management – je ne dis pas records management, parce que le records management n’est pas à proprement parler une discipline scientifique (il s’appuie en revanche sur la science archivistique), alors que le knowledge management pourrait être considéré comme tel.

Mais sur quel point l’archivistique doit-elle définir cette articulation ? Je pense tout d’abord au vocabulaire. Je ne suis pas sûre que la problématique spécifique de la terminologie ait été évoquée : quelqu’un a parlé des concepts, mais nous n’avons pas insisté au cours de cette journée sur la terminologie proprement dite.

Par ailleurs, l’archivistique doit pouvoir définir son articulation avec la pratique et les objectifs professionnels des praticiens. Je crois qu’il serait intéressant de définir une relation client-fournisseur entre la recherche archivistique fondamentale et la pratique archivistique. En effet, les praticiens archivistes identifient un certain nombre de problématiques dans l’échange entre historiens et archivistes sur le tri et la sélection des archives. Chacun semble d’accord, mais aucun ne parle des mêmes archives. Il est donc important que les historiens formulent leurs demandes vis-à-vis de l’archivistique et vice-versa, dans une relation client-fournisseur qui me paraît très saine et qui permettrait une émulation tout à fait positive.

Pour conclure, si l’archivistique est une science de l’information (et elle l’est), il lui faudra :

  • énoncer des objectifs clairs qui sont à préciser
  • évaluer et obtenir des moyens
  • capitaliser ses expériences.

 

Mme Neveu[38]

 

Les débats de la journée d’études organisée par les étudiants du DESS archivistique d’Angers ont mis en lumière l’absence, en France, de cadre universitaire qui permettrait l’émergence d’une recherche fondamentale en archivistique. La profession d’archiviste a certainement à souffrir de ce manque de reconnaissance de sa discipline en tant que science, alors que, paradoxalement, une recherche française de qualité existe depuis longtemps, mais plutôt en tant que recherche appliquée.

En revanche, les sciences de l’information ont su mettre en place des structures de recherche universitaire, qui favorisent depuis quelques années le développement de la recherche fondamentale. En même temps, chacune des disciplines (bibliothèques, documentation) continue à s’enrichir des apports de la recherche appliquée menée par des professionnels en poste.

Mon propos visera donc à présenter les structures actuelles de la recherche dans le domaine des bibliothèques, en montrant comment la principale école professionnelle, l’ENSSIB, a su unifier les formations des cadres A de la fonction publique, tout en inscrivant ses formations dans le cadre universitaire et en développant des unités de recherche. Je présenterai ensuite l’état des réflexions de la profession sur le principal enjeu actuel des sciences de l’information : le traitement du document numérique, en montrant comment les bibliothécaires s’efforcent de relever le défi de la réflexion théorique et de la recherche, face à l’évolution rapide des pratiques professionnelles.

1)      Structures de la recherche en bibliothèques (en France)

L’organisme fédérateur : l’École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques

L’ENSSIB, implantée à Villeurbanne depuis 1974, est chargée de la formation des conservateurs de bibliothèques de la fonction publique, d’État et territoriale. L’école se fixe comme objectif d’être un centre de recherches (et de fédérer des recherches menées à l’extérieur) en même temps qu’un organisme de formation professionnelle.

L’orientation de l’école vers la recherche en sciences de l’information et en histoire du livre est relativement récente. Elle s’appuie sur le décret du 9 janvier 1992 qui instituait l’ENSSIB sous sa forme actuelle.

La nouvelle dénomination attribuée à l’école en 1992, École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques, au lieu de École Nationale Supérieure des Bibliothèques, manifestait la volonté d’élargir la formation des élèves au-delà de la seule bibliothéconomie. D’autre part, le décret créant l’ENSSIB spécifiait que l’École est un établissement universitaire qui « mène des recherches en sciences de l’information et en assure la valorisation. »

Depuis, l’ENSSIB a cherché à atteindre, par une politique volontariste, les objectifs que lui fixait le décret : affirmation de l’École comme établissement universitaire, développement de la recherche.

Le regroupement à l’ENSSIB de l’ensemble des formations de la catégorie A (filière bibliothèques de l’École des Chartes en 1992, Institut de Formation des Bibliothécaires en 1999) a permis de dispenser une formation uniforme à l’ensemble des cadres des bibliothèques.  Cette plus grande cohérence des formations se traduit également par une plus grande lisibilité de l’ENSSIB dans l’enseignement supérieur.

L’ENSSIB a recherché des rapprochements avec des universités, des grandes écoles et des laboratoires de recherche ainsi qu’une insertion dans les réseaux de recherche régionaux, nationaux ou internationaux. Par exemple, l’ENSSIB coordonne depuis septembre 2000 l’ISDN, Institut des Sciences du Document Numérique, qui rassemble 17 laboratoires de la région Rhône-Alpes et vise à réunir chercheurs, professionnels de la documentation et industriels concernés par le document numérique.

Parallèlement, l’école a développé ses propres équipes de recherche, de façon autonome ou en partenariat avec les universités lyonnaises.

L’ENSSIB a aujourd’hui trois équipes de recherche habilitées à encadrer des DEA ou des doctorats.

  • le GRESI (Groupe de REcherche sur les Services d ‘Information) est un groupe de recherche habilité comme « jeune équipe » ; il est intégré dans l’École doctorale Informatique et information pour la société (EDIIS) qui regroupe les universités lyonnaises, et les écoles d’ingénieurs : École centrale de Lyon et Institut national des sciences appliquées. Le GRESI compte actuellement une quinzaine de chercheurs sur plusieurs établissements (ENSSIB, Chartes-URFIST, CNAM-INTD, ENSAM, universités) et une dizaine de doctorants. Il a défini trois directions de recherche (modes de production et d’échanges d’information dans les entreprises ; information scientifique et numérique ; bibliothèque et changement de modèles) que l’on peut rapprocher des quatre DEA de l’École Doctorale
      • Construction des Savoirs Scientifiques
      • Documents Multimédia, Images et Systèmes Communicants
      • Extraction des Connaissances à partir des Données
      • Informatique et Systèmes Coopératifs pour l’Entreprise
  • Le deuxième groupe, appelé SII (Systèmes d’Information et Interfaces) travaille sur les systèmes d’information documentaire en bibliothèque : bibliothèque virtuelle, élaboration d’un lexique arabe/français. Il participe également à l’EDIIS. Ces deux équipes traduisent l’orientation première de l’ENSSIB en matière de recherche : sciences de l’information et applications des NTIC à la bibliothéconomie.
  • Le dernier groupe de recherche constitué à l’ENSSIB est l’équipe Histoire du livre, qui permet à l’école d’être présente également dans le champ de la recherche historique traditionnelle. Ce groupe formé d’enseignants de l’ENSSIB, de l’École des Chartes et de l’ENS s’appuie sur le patrimoine du livre à Lyon et sur le fonds ancien de la bibliothèque municipale, le premier de province. Cette équipe participe à l’enseignement du DEA Histoire de l’écrit, organisé à Paris et Lyon sous l’égide de l’École pratique des hautes études, et rattaché l’École doctorale SHS de l’Université Lyon 2.

Autres « lieux de recherche »

La structuration récente d’équipes de recherche fondamentale autour de l’ENSSIB ne doit pas faire oublier la vitalité de la recherche appliquée, élaborée dans le cadre professionnel.

Aucun cadre formel ou légal ne prescrit aux conservateurs de bibliothèques une activité de recherche, une fois qu’ils ont quitté l’école. Cependant, beaucoup d’entre eux témoignent d’un souci de réflexion théorique qui s’exprime dans des publications professionnelles, revues ou ouvrages.

Une enquête de l’Inspection générale des bibliothèques en 1999[39]  a tenté de cerner ces auteurs, à partir du dépouillement de la presse professionnelle et des ouvrages collectifs. La répartition de ces chercheurs/praticiens est inégale selon les types de bibliothèques ou les services : il apparaît que certains postes favorisent l’activité d’écriture : la BNF, les BU, les services de l’Inspection et de l’administration, les organismes de formation. D’autre part, il s’est constitué un groupe assez restreint d’auteurs très productifs dont on retrouve les noms dans l’ensemble de la presse professionnelle traitant des sciences de l’information au sens large : aussi bien le Bulletin des Bibliothèque de France que Documentaliste ou Archimag, par exemple.

Toutes les contributions dans les publications spécialisées ne peuvent évidemment être qualifiées de travaux de recherche. Il convient à cet égard de ne pas confondre recherche appliquée et simple témoignage sur des pratiques professionnelles. Dans la typologie des publications établie par l’enquête de l’IGB, qui contient six rubriques, seuls les points 1 et 4 relèvent de la recherche :

  • “ articles rédigés à la suite d’un travail de recherche (mémoires ENSSIB, travaux de 3ème cycle…) ou d’une formation, ”
  • “ articles de réflexions allant au-delà des strictes obligations professionnelles. ”

 

La diffusion de la recherche

Les travaux de recherche en bibliothéconomie et sciences de l’information réalisés dans des structures de l’enseignement supérieur ou par des conservateurs en poste dans des services bénéficient d’un réseau bien structuré qui permet la diffusion des acquis de la recherche auprès de l’ensemble de la profession.

Si l’on s’en tient au cadre universitaire, les thèses d’État sont rendues publiques et diffusées (ou diffusables) au même titre que toute thèse. Elles sont présentées sur le site web de l’ENSSIB, très complet, qui offre également en ligne une sélection de travaux d’étudiants.

La recherche appliquée est diffusée dans les publications professionnelles : BBF pour les résumés de travaux divers (thèmes de recherche dans les labos, etc.) ; BBF ou Bulletin de l’ABF pour les réflexions et expériences personnelles.

Les ouvrages de synthèse et de doctrine sont publiés par divers éditeurs, et notamment la collection « Bibliothèques » du Cercle de la librairie et les Presses de l’ENSSIB.

Enfin, la diffusion de la recherche peut se faire de façon informelle et orale par le biais des colloques et journées professionnelles. Outre les colloques organisés par les associations professionnelles (IFLA, FFCB, ADBU[40], etc.), les bibliothécaires et chercheurs en bibliothéconomie sont massivement présents dans les salons consacrés aux NTI, à l’édition traditionnelle ou électronique, et à l’échange des savoirs en général.

Les thèmes de recherche actuels

A travers les structures universitaires et professionnelles que j’ai présentées précédemment, on voit se dégager les principaux axes de la recherche : un axe « sciences de l’information » (nouvelles technologies, nouvelles pratiques professionnelles), et un axe « histoire du livre », deux domaines de recherche bien différents quoique relevant des mêmes tutelles institutionnelle et universitaire.

Il existe 2 observatoires des tendances de la recherche actuelle :

  • Le site Internet de l’ENSSIB, qui répertorie les travaux de recherche en cours.  Par exemple, 8 thèses sont préparées actuellement dans le cadre du GRESI : six portent sur l’électronique/Internet/les réseaux, 2 touchent au droit public appliqué aux bibliothèques.
  • La presse professionnelle.

J’ai dépouillé le BBF de 2000-début 2001 pour dresser quelques statistiques :

La gestion des bibliothèques, qui constitue le cœur de la bibliothéconomie, est toujours le premier sujet traité. Mais le deuxième rang est désormais occupé par les NTI (qui devancent les articles sur le métier de bibliothécaire « traditionnel »).

La rubrique bibliographique de la revue reflète les publications actuelles en matière de recherche : le vaste domaine patrimoine/conservation/histoire du livre reste en tête ; mais suivi d’assez près par les NTI.

L’ensemble de la profession témoigne ainsi de la « pression » exercée par le document numérique, même si dans beaucoup de lieux le contact avec le numérique reste encore rare ou expérimental.

Le numérique sous toutes ses formes (moyens d’accès, coûts, questions juridiques…) se trouve au cœur des débats de la plupart des colloques professionnels des deux dernières années. En outre, cette problématique permet de réfléchir à des questions largement communes aux métiers de bibliothécaire et d’archiviste. C’est pourquoi il m’a semblé intéressant de donner quelques exemples de recherches conduites actuellement dans ce domaine, pour illustrer le schéma quelque peu théorique et abstrait présenté dans la première partie de cette intervention.

2) Un exemple de recherche en bibliothéconomie  : la recherche actuelle en matière de documentation numérique

L’irruption du numérique dans les bibliothèques a confronté la profession à des enjeux et des pratiques nouvelles. Les bibliothécaires ont cherché à s’adapter, d’abord empiriquement, à ces nouvelles conditions de travail.

Seuls les plus jeunes d’entre eux ont reçu un enseignement spécifique sur le numérique lors de leur formation initiale. Les autres doivent acquérir une expertise technique et économique dans l’exercice quotidien de leur profession.

L’intérêt intellectuel pour ce nouveau champ du savoir bibliothéconomique, ainsi que les besoins pratiques en matière de formation continue, ont conduit à un développement très rapide de la recherche dans ce domaine. La recherche, pluridisciplinaire, explore essentiellement deux axes : les conditions économiques de la production de l’IST sur support numérique ; l’évolution des pratiques bibliothéconomiques face à ce support.

Un article de Ghislaine Chartron (URFIST/ENC) et Jean-Michel Salaün (ENSSIB)[41] présentait un excellent état de la recherche, au début de l’année 2000, sur les enjeux économiques, culturels et institutionnels de la politique des bibliothèques universitaires face aux éditeurs scientifiques et à l’édition électronique. Un des thèmes abordés par l’article, l’économie de la circulation des articles scientifiques, est actuellement développé dans le cadre d’une thèse en cours à l’ENSSIB[42]. On notera au passage le rôle capital joué par le BBF, déjà cité, comme relais de transmission entre la recherche fondamentale et les professionnels en activité.

Parmi les thèmes évoqués par l’article figure le devenir des fonds et collections dans le nouveau contexte de l’environnement documentaire numérique, notion sur laquelle je m’arrêterai quelques instants.

On voit se constituer depuis peu dans les BU des collections numériques, virtuelles, qui échappent à la définition d’une collection physique dans la bibliothéconomie traditionnelle.

En l’occurrence, la recherche peine à suivre les évolutions qui se sont produites en 1999-2000, sous l’impulsion de praticiens « pragmatiques » (le consortium COUPERIN notamment). On comprend que la relative lenteur de la réflexion théorique s’accorde mal avec l’évolution du marché au jour le jour.

Cependant, les premières synthèses théoriques commencent à apparaître, notamment dans des colloques consacrés à la gestion des périodiques (puisque c’est dans ce secteur éditorial que se concentrent la plupart des questions relatives au numérique). Ce thème a fait l’objet de communications lors de deux colloques tenus à la BNF en 2000[43].

On lira également le n° 2000-6 du BBF consacré au livre électronique.

De la notion de constitution des fonds, en bibliothéconomie, découle la notion de conservation. C’est l’une des attributions dévolues aux bibliothèques que de conserver le patrimoine intellectuel de l’humanité ; en revanche, la conservation est une préoccupation accessoire pour les éditeurs, pour qui “ vieillissement du fonds ” est souvent synonyme de “ pertes financières ”. Les professionnels des sciences de l’information ont vite fait le constat que les plates-formes électroniques n’offraient aucune garantie quant à la conservation des articles qui y sont archivés[44]. Les données électroniques paraissent particulièrement fragiles, à la merci d’aléas techniques aussi bien qu’économiques. Cette question, particulièrement complexe, et pour laquelle on n’entrevoit pas de solution pratique satisfaisante dans l’état actuel des choses, est devenue un champ d’investigation privilégié pour les chercheurs en sciences de l’information. C’est là encore par un article du BBF que l’on prendra connaissance de l’état actuel de la recherche[45], qui implique une réflexion à l’échelon national (par exemple, en France, au sein du consortium Couperin) aussi bien qu’international.

Je terminerai ce panorama de la recherche en bibliothéconomie autour du document électronique par une dernière problématique  : le rôle des bibliothèques dans l’accès au savoir.

Face au vertige du numérique et à l’illusion du savoir universel et gratuit « à portée de souris », la profession a réagi assez vigoureusement, intuitivement et sur les bases de sa pratique d’abord ; elle essaye maintenant de démontrer par la recherche le rôle irremplaçable (et sans doute même de plus en plus important) de la bibliothèque[46] comme médiation de l’accès au savoir. Des enseignants genevois ont d’ailleurs élaboré un plan de formation pour les futurs bibliothécaires experts en numérique[47].

La bibliothèque aura de plus en plus un rôle pédagogique d’encadrement du lecteur, mais aussi un rôle économique dans le marché mondial de l’information. Témoignent de cette réflexion des thèses en cours à l’ENSSIB[48] et le groupe SII.

En ce qui concerne la formation du lecteur, quelques articles récents du BBF abordent la théorie de la réalisation d’interfaces d’accès au web, faites par les bibliothécaires pour leurs usagers[49].

La réflexion sur le rôle médiateur des bibliothèques ramène tout naturellement à l’une des disciplines de base de la bibliothéconomie : le catalogage. Cette discipline en apparence très traditionnelle se renouvelle profondément par la confrontation avec les NTI, et les recherches qui sont menées par ailleurs dans le champ de l’informatique documentaire.

Quels peuvent être les moyens d’accès aux données numériques ? – autrement dit comment cataloguer le web ? comment renouveler les normes de description pour coller au phénomène numérique ? Autant d’interrogations à rapprocher des recherches sur la description d’un document web par des métadonnées, le repérage des articles en ligne par un identifiant unique (DON) ou encore l’élaboration d’une URL fixe appelée URN.

Les quatre thèmes que j’ai abordés nous ont montré la discipline bibliothéconomique en plein renouvellement face aux enjeux de l’édition et de la documentation numérique : marchés, constitution des fonds, normes de description, conservation, communication. La complexité des questions soulevées par le support électronique justifie pleinement une réflexion théorique qui dépasse la simple pratique professionnelle. On observe donc l’émergence de travaux de recherche, qu’ils soient issus de la recherche appliquée, ou de plus en plus, de l’enseignement supérieur.

La recherche en bibliothéconomie apparaît pluridisciplinaire, avec implications dans les secteurs de la sociologie, l’économie et du droit. Au niveau de la recherche, la spécialisation par « métiers » n’apparaît plus guère, les thèmes de recherche des étudiants ou thésards rattachés à une structure « documentation » recoupant ceux rattachés à une structure « bibliothèque ». Si la pratique des métiers de bibliothécaires et de documentalistes reste encore différenciée, au niveau de la recherche il semble que la fusion dans un ensemble « sciences de l’information » soit faite.

D’ailleurs, de nombreux chercheurs en sciences de l’information publient indifféremment le résultat de leurs travaux dans des publications de « bibliothécaires » ou de « documentalistes », ceci quelle que soit leur formation de départ ou leur affectation professionnelle.

J’ai parlé dans cette intervention du point de vue du bibliothécaire ; mais une présentation faite du point de vue du documentaliste aurait été sensiblement identique, tant les structures de la profession de bibliothécaire et les préoccupations actuelles du métier présentent un parallélisme évident avec les centres d’intérêt des documentalistes.

Conclusion

Étudier les voies qui permettraient à la recherche en archivistique – bien vivante dans les faits et reconnue par la profession au plan national comme international –  d’être reconnue également comme un champ de la recherche fondamentale, tel était le thème proposé à la réflexion des intervenants au cours de cette journée.

Confrontée au même défi, la profession de bibliothécaire a su répondre par la restructuration de son enseignement professionnel, en faisant de son école d’application un établissement habilité à encadrer des formations universitaires de troisième cycle.

Une politique volontariste, structurée assez récemment autour de l’ENSSIB, permet d’explorer des voies nouvelles de recherche dans le domaine des sciences de l’information, de plus en plus indissociables des NTI. Parallèlement, la recherche en histoire du livre se poursuit à l’ENSSIB, avec l’appui d’établissements d’enseignement supérieur traditionnellement tournés vers la recherche historique, tels l’École des Chartes.

Ainsi la recherche en bibliothéconomie a-t-elle acquis une lisibilité et une légitimité supplémentaire. La recherche fondamentale n’a évidemment pas éliminé la recherche appliquée qui reste bien vivante, comme nous l’avons vu par quelques exemples tirés de la presse professionnelle de ces deux dernières années.

Alors que les formations et les structures du métier d’archiviste présentent des convergences frappantes avec celles du métier de bibliothécaire[50], on constate dans la filière « archives » l’absence d’un enseignement de troisième cycle débouchant sur la recherche. Actuellement, la discipline archivistique est représentée dans les troisièmes cycles universitaires uniquement par des DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées), formations d’un an destinées à l’exercice d’une activité professionnelle. En revanche, il n’existe pas de DEA qui pourrait valider des travaux de recherche en archivistique. Rappelons également que la thèse d’École des Chartes est une thèse d’histoire, et non d’archivistique, et que son sujet n’est pas nécessairement lié à la branche professionnelle (archives/bibliothèques) choisie par l’élève.

L’absence d’études doctorales consacrant l’archivistique comme science de l’information autonome est-elle l’une des causes, ou seulement un symptôme, du manque de reconnaissance dont souffre la recherche française en archivistique ? Il ne m’appartient évidemment pas de répondre, mais il me semble que la question des relations entre la profession d’archiviste et le système universitaire français est une piste de réflexion qui mérite d’être explorée.

Mme Dessolin-Baumann[51]
Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui et plus particulièrement d’intervenir sur les métiers de l’information. On a cité beaucoup de gens assez peu avouables, j’ai choisi quelqu’un de tout à fait reconnu, qui est Isaac Newton : « On construit trop de murs et pas assez de ponts ». Je pense qu’aujourd’hui, nous avons essayé de construire des ponts entre différents métiers, différentes matières, et que si la recherche contribue à cela, c’est un bon point.

 

Je vais intervenir sur nos activités d’aujourd’hui, qui fusionnent de plus en plus entre elles : la bibliothéconomie, l’archivistique et la documentation. J’ai eu la chance d’exercer dans les deux métiers, archives et documentation, et dans un milieu international du fait de mon appartenance à un groupe anglo-saxon qui travaille au plan européen. Cela m’a obligée à ouvrir les horizons et non pas seulement considérer la recherche en archivistique et les problématiques à l’échelle de la France. J’ai ainsi pu remarquer que, si la France est aujourd’hui un petit peu en retard, un petit peu atypique comme on l’a déploré aujourd’hui, il y a en revanche au plan européen beaucoup d’ouvertures et beaucoup de recherches en archivistique. Au plan international encore plus ; l’intervention de Carol Couture en étant la meilleure illustration.

Positionner la recherche en archivistique

Je vais revenir à quelque chose de beaucoup plus concret pour positionner cette recherche. C’est vrai que nous voudrions faire de la recherche fondamentale. Peut-être faudrait-il commercer par de la recherche appliquée, qui permet la fusion de nombreuses compétences. Je reprends les paroles de Marie-Anne Chabin, la « relation client fournisseur » est au cœur de l’évolution de nos métiers aujourd’hui. Autrement dit, au cœur de nos activités se trouvent nos utilisateurs. La notion d’utilisateur est très large. Elle va de celui qu’on appelle en entreprise le end-use, l’utilisateur final, qui est sur un poste de travail quelconque, qui a besoin d’informations, jusqu’à la société, celle qui a besoin d’information au sens large. C’est-à-dire que la société en elle-même a besoin de conserver son information, d’y avoir accès.

Je souhaite montrer quels sont les enjeux nouveaux pour nous aujourd’hui. Pris au hasard dans les évolutions qu’on vit aujourd’hui en ce début de nouveau siècle et de nouveau millénaire :

  • la mondialisation de l’économie, qu’implique-t-elle aujourd’hui ? Privé, public, peu importe, nous sommes tous un peu dans le même contexte. Les entreprises vivent des acquisitions au niveau européen et mondial. Nous vivons tous une concurrence européenne et mondiale, ainsi que le développement des échanges internationaux ;
  • l’intégration européenne est déjà une réalité ;
  • la sécurité environnementale, alimentaire : les enjeux en sont la traçabilité, la conformité, la normalisation ;
  • la réduction des coûts : c’est malheureusement la stratégie qui paraît être commune partout. Nous devons tous réduire les délais, les coûts entre la conception et la production, développer la qualité et la conformité, nous recentrer sur le core business[52], le cœur de métier. C’est ce que j’entends de plus en plus dans les administrations. On vous demande d’avoir cela en tête et de ne pas vous disperser ;
  • l’e-commerce, Internet, Intranet : de nouvelles relations de travail sont mises en place incluant une grande mobilité des personnels, le développement du consulting.

Ces enjeux font émerger de nouveaux besoins d’informations, et donc par extension de nouveaux besoins dans la gestion de l’information. Ce n’est pas toujours de l’information nouvelle qui est générée, mais c’est l’accès à cette information qui est en jeu.

Pour faire face à ces nouveaux enjeux, nous avons besoin par exemple :

  • d’une veille documentaire au niveau international ; avant, la lecture de la presse francophone, française, suffisait à notre bonheur ;
  • d’un travail pour lequel tout le monde collabore ;
  • d’une reprise de fonds d’archives considérés comme des actifs. De plus en plus apparaît une instrumentalisation juridique des archives, qu’il s’agisse des archives d’entreprises ou publiques. Des problèmes de dévolution de fonds se font jour dans le cadre de fusion et de rachat de structures ;
  • d’une recherche et d’une intégration rapide des savoirs pratiques des entités fusionnées, quand il y a des fusions ;
  • de projets documentaires à caractère culturel comme les portails qui se développent de plus en plus dans tous les domaines.

Tous ces points sont des conséquences de la mondialisation. Reprenons quelques points précis : les documents d’archives comme éléments actifs, et la notion de sécurité environnementale.

Les archives deviennent un élément dans les enjeux économiques ou juridiques. Par exemple : qui est propriétaire de tel brevet déposé par telle entité ? Est-ce cette entité qui n’existe plus ou est-ce la personne qui se dit propriétaire du brevet ? A-t-elle des droits dessus ?

Qui est propriétaire d’une licence informatique ? L’entreprise X a payé et a été rachetée par l’entreprise W, qui a quinze mille utilisateurs alors que l’entreprise X n’en avait que trois. Le prix de la licence doit-il changer ?

Tous ces points font que les documents d’archives sont des actifs. Cela induit des échanges accrus entre professionnels de l’information au plan européen et international. Des échanges d’expériences, des définitions de standard qui sont une exigence. Certes, jusqu’alors, nous pouvions nous contenter de la pratique archivistique française. Mais désormais, nous devons tenir compte de pratiques au niveau européen et parfois international.

L’émergence des pratiques de records management à l’heure actuelle dans les entreprises et l’administration naît du besoin de tracking, de traçabilité ou plutôt « traçage », des informations stratégiques concernant les individus, les chaînes de production. Nous avons vu dans des cas récents que nous sommes loin d’avoir la gestion nécessaire de ces informations. C’est un besoin, une demande sociétale très importante à mon sens.

Les « batailles de l’information »

Ces nouvelles évolutions ont des conséquences très importantes, que j’appelle les « batailles de l’information ». Qui sommes-nous pour y faire face ?

Les professionnels de l’information étaient bien définis hier et de manière catégorique, chacun derrière son guichet avec sa casquette : les archivistes, les bibliothécaires, les documentalistes. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus nombreux. Je vois émerger des responsables des services de l’information, appelés dans les entreprises anglo-saxonnes information managers, ou chief information officers, un genre de poste qui est en soi rattaché à une dimension internationale, qui découle de ce que j’ai dit précédemment sur l’évolution des structures et qui inclut en général la responsabilité d’équipes et de budgets. Ce sont des managers dans le domaine des métiers de l’information.

 

Il y a également les gestionnaires de documents, les records managers qui sont spécialisés dans les process de contrôle et de gestion des documents courants dont on a déjà parlé ; et les knowledge managers qui sont spécialisés dans l’analyse et l’intégration des savoirs avec une forte connotation de ressources humaines. Nous en rencontrons de plus en plus, y compris dans les administrations. Il faut aussi citer les webmestres qui sont spécialisés dans la gestion du contenu sur l’Internet et l’Intranet, une nouvelle population de consultants et de prestataires spécialisés. Et n’oublions pas le travail accru avec les juristes, les informaticiens spécialisés dans la production, l’échange et la conservation des données numériques, et avec les qualiticiens. Dans ce cadre là, la distinction « public »/« privé » n’existe pas : tout le monde est concerné.

 

Que font tous ces spécialistes ? Le records manager interagit. Il est celui qui définit la politique de gestion des documents dès leur naissance dans un environnement numérique. Le records manager peut et doit agir sur le producteur interne qui génère les documents. Le juriste n’est pas très loin. Nous avons vu que les nouvelles dispositions légales et même l’analyse de notre production documentaire sont liées de plus en plus souvent à des dispositions juridiques. La majorité des notions de tracking est liée aux obligations juridiques qui s’appliquent.

Il y a une interaction avec le qualiticien dans la définition des documents à produire. Beaucoup d’archivistes s’interdisent d’intervenir, de participer à la définition des documents à produire tandis que les records managers, qui se revendiquent comme tels en particulier les anglo-saxons, n’hésitent pas à intervenir dans ce schéma, à définir un champ numérique, dans une base de données.

On interagit avec l’aide des qualiticiens, bien sûr, mais aussi avec les archivistes pour la conservation à long terme, les conséquences en ce qui concerne les supports dont on a parlé, les structures et les standards ; on interagit aussi avec les documentalistes pour l’information entrante, qu’on reçoit de l’extérieur, qu’on valide, qu’on diffuse, etc. ; ainsi qu’avec les informaticiens.

Au niveau français, nous sommes un peu plus en retrait sur ces points car nous considérons que chacun a son rôle bien défini. Et pourtant, les entreprises et les organisations recherchent de l’aide afin de définir, de structurer les documents dès leur création, surtout dans un contexte numérique.

 

Ces schémas mettent en avant la notion de mise à disposition aux utilisateurs, les formats d’accès, de restitution, d’authentification. Ces formes d’échanges se traduisent pour nous par de nouvelles organisations du travail. Élisabeth Verry a dit : « Nous ne sommes plus seuls face aux documents ». C’est vrai, tout comme nous ne sommes plus seuls non plus face aux utilisateurs. Nous sommes aujourd’hui dans un travail de collaboration en réseau, interdisciplinaire avec les informaticiens, les juristes, et entre professionnels de l’information.

Nous ne devons plus seulement produire des instruments de recherche, des études, mais aussi gérer des projets, ce qui est un métier tout à fait différent. On constate une diminution et une spécialisation des ressources internes et externes. Nous disposons de moins de ressources mais ces ressources sont de plus en plus spécialisées. Nous sommes amenés à choisir nos ressources. De manière flagrante, dans tous les secteurs de l’économie et de la société, il y a une « externalisation » de toutes les tâches opérationnelles récurrentes. C’est quelques chose que je constate aujourd’hui avec le développement d’une collaboration avec des spécialistes, des experts, des consultants, des intégrateurs, des prestataires.

En ce qui concerne la recherche, je n’ai pas eu l’ambition de traiter de la recherche fondamentale. J’ai cité quelques exemples de réalisations de projets que nous menons, nous, professionnels de l’information, à l’heure actuelle ; ou des projets que nous avons à mener. En voici quelques autres. J’ai volontairement choisi des sujets à la fois d’archivistique et de documentation, car beaucoup d’entre nous travaillons sur tous ces types de travaux :

  • substituer à une revue de presse papier franco-française une revue de presse européenne électronique diffusée sur profil ou sur un portail via Intranet. C’est le type de recherche qui est en cours, en particulier à l’ADBS qui a organisé une journée d’étude sur la technologie ;
  • comparer les dispositions légales entre différents pays pour analyser les types de documents et définir les durées de conservations adaptées ; c’est-à-dire en ayant une pratique d’un pays, savoir transposer dans un autre pays par rapport à d’autres dispositions légales. Si le droit était identique partout, cela nous simplifierait quand même la tâche. Cela nous donne autant de sujets : autant de pays, autant de dispositions légales, autant de durées de conservation ;
  • fusionner des informations internes et externes, et gérer ces informations pour que les gens y accèdent via un portail ;
  • développer des applications numériques pour améliorer la gestion des dossiers de patients. Partout, dans les hôpitaux et les laboratoires, le dossier numérique, le dossier patient est LE travail en cours ;
  • élaborer de bonnes pratiques, des normes, des procédures internes pour améliorer la gestion de l’information ; c’est ce que fait le records manager et c’est ce qui est en cours avec la définition de standards pour l’archivage ;
  • élaborer des cahiers des charges pour la sous-traitance des fonctions de gestion de l’information. Une prochaine norme AFNOR doit définir les relations avec les co-traitants dans le domaine du stockage ;
  • participer au développement de certains standards qui sont liés aux échanges électroniques comme le Dublin Core et la directive EAD par exemple ;
  • travailler sur la diplomatique contemporaine, comme l’a évoqué Marie-Anne Chabin ; la conservation à long terme des documents électroniques est un sujet commun aux archivistes, aux bibliothécaires et aux documentalistes ;
  • identifier, analyser et indexer les savoirs internes et externes, développer des interfaces d’accès, gérer des documents en environnement de projet ou de travail collaboratif, gérer des flux opérationnels afin de répondre à tous les nouveaux besoins de mobilité du personnel, de développement du consulting.

Je souhaite finir mon intervention en citant la revue canadienne Argus – les étudiants du DESS Histoire et Métiers des Archives l’avaient fait figurer dans le document préparatoire de cette journée d’étude, dont je salue la qualité – : « Archivistes, bibliothécaires, webmestres, gestionnaires de documents, etc., nos chemins convergent, s’interpénètrent. L’intégration de ces disciplines pourrait même être perçue comme un enjeu de la profession »[53].

BIBLIOGRAPHIE sur les enjeux de société aujourd’hui et les batailles de l’information

Avec la complicité d’Aurélie BORDE, diplômée de l’INTD 2000

Cahiers français. Management et organisation des entreprises, Sous la dir. de Jean-Yves Capul n°287 (juil.-sept.1998), Paris : La Documentation française, 1998, 112 p.

La dynamique stratégique de l’entreprise. Innovation, croissance et redéploiement à partir de l’arbre de compétences, Marc Giget Paris : Dunod, 1998. 344 p.

La métamorphose de l’unité documentaire (…), Hervé L’Huillier ; Edicom novamedia, Paris, 1995

« Au cœur de la démarche de certification ISO 9000. Le centre de documentation de la société grenobloise d’études et d’applications hydrauliques », Marie-Christine Vasseur, 3 p, Bulletin des bibliothèques de France, t.43, n°1, 1998, p. 44-46.

Du savoir-faire au savoir satisfaire : l’élaboration d’une procédure dans la démarche qualité : la cas de l’Institut français du pétrole, Mireille Mouas. Paris : INTD, 1998, 113 p.

“Knowledge management : friend or woe ?”, Marlize Palmer, 3 p., Records management Bulletin, n°92, [Ca 2000], p. 27-30.

“Records management meets knowledge gathering”, Graham Beastal, 3 p., Records management journal, vol.8, n°2, august 1998, p. 89-94.

« When information management encounters organisational culture », David Skyrme. 3 p., Records management bulletin, n°64, [Ca 1995], p. 3-5.

Mémoire d’entreprise : techniques et outils de la gestion du savoir, Joanna Pomian. Paris : Sapienta, 1996. 233 p.

Enabling a global community of knowledge, Marcus Speh, 4 p., Aslib proceeding, 48 (9), 1996, p. 199-203.

« Quels métiers pour la mise en œuvre de ces systèmes ? », 20 p., Les enjeux du management de l’information dans les organisations : usages, outils, techniques, Observatoire des NTIC, DESS SID de l’Université de Lille 3.  Paris : ADBS éditions, 1999, 161 p.

Production et usages de la connaissance dans l’entreprise : NTIC et ingénierie de la connaissance collective, Jean-Yves Prax, Document Numérique, vol 2, n° 1, mars 1998 , pp 9-22

Manager la connaissance dans l’entreprise, Jean-Yves PRAX, INSEP Editions, 1997

Et quelques ressources en ligne :

  • sur le Knowledge Management  : www.km.org et www.kmworld.org
  • le portail de l’Unesco sur les archives et le Records Management : www.unesco.org/webworld/portal_archives/Internet_Resources
  • sur le Records Management : www.arma.org ; www.acarm.org ; www.rdims.gc.ca ; WWW.imforumgi.gc.ca

Sur les documents électroniques :

  • DLM Forum : www.dlmforum.org
  • Forum de la GEIDE : www.forum-geide.com

et bien sûr le forum de l’AAF

 

 

Mme Verry
En écoutant toutes ces communications, je me disais qu’il était d’autant plus important entre archivistes de réfléchir sur nos métiers. Parce qu’il est impensable de ne pas savoir qui nous sommes et qui nous ne sommes pas quand on s’appelle archiviste ; de ne pas savoir ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas. De là découle ce que nous devons enseigner comme archiviste ; la limite vient de ce qu’il existe d’autres métiers. Ce n’est pas une frilosité de ma part mais la recherche d’une définition précise.

Mme Chabin

C’était bien le sujet de la journée mais je crois que le but de l’intervention de Sylvie Dessolin-Baumann était de dire qu’il ne faut pas seulement partir de ce qu’il y avait autrefois pour essayer de se spécialiser. Il faut aussi partir de ce qui est ou de ce qui sera. Les deux démarches se rencontrent. C’est pourquoi les tableaux de Sylvie Dessolin-Baumann étaient intéressants : il y a effectivement à prendre et à laisser à d’autres. Tous les termes, toutes les démarches, tous les lieux de connaissances qu’elle a évoqués, balayés, peuvent nous aider à nous positionner peut-être mieux qu’avant.

Mme Dessolin-Baumann

Mon intervention n’était pas limitée à l’archivistique car, malheureusement ou heureusement pour moi, je suis membre et de l’ADBS et de l’AAF. Je me suis toujours située volontairement entre ces deux métiers. Effectivement, je ressens comme vous la nécessité de se positionner. J’avais voulu fonder mon approche sur la demande et le vécu des professionnels de l’information un peu partout. Les bibliothécaires, en faisant évoluer les intitulés de leurs groupes de travail, montrent bien qu’ils intègrent toutes ces nouvelles dimensions. Ils ne sont pas frileux et de plus, ils disposent de structures.
Mais les archivistes ont une spécificité que les autres professionnels de l’information que nous avons cités n’ont pas : la dimension « temps » dont a parlé Marie-Anne Chabin. Il ne faut pas non plus oublier la notion d’« analyse fonctionnelle » qui comprend l’analyse des producteurs, des fonctions, des activités, etc. Le secteur de l’étude des documents, des définitions des spécificités en terme de durée de conservation – pas tant des supports qu’ils maîtrisent parfois mieux que nous que de la pertinence de l’information ou de la raison juridique pour laquelle les documents doivent être conservés et sous quelle forme – nous est véritablement dédié.

Mme Neveu
Je souhaite ajouter que si les métiers de la bibliothèque et de la documentation semblent évoluer plus vite, c’est que nous sommes soumis à la pression du marché et à la pression du public, plus urgente chez nous que dans les archives. Il faut donc réagir sans trop nous poser de questions théoriques et répondre à l’évolution générale du marché de l’information. Ce qui n’est peut-être pas votre problématique en tant qu’archiviste.

  1. Galland
    Deux remarques. Sylvie Dessolin-Baumann a fait la première. Effectivement, pour l’archiviste en général, il y a la préoccupation de la conservation à long terme de certaines données, ce qui inclut une dimension supplémentaire.

Par rapport à la communication de Valérie Neveu et à l’existence de groupes de recherches à l’ENSSIB, je veux revenir sur le débat que nous avions eu juste avant la pause et qui me paraissait aussi être au cœur de la journée : quelle pourrait être la place d’une activité ou d’un temps de recherche fondamentale, dans le cursus, la carrière d’un archiviste ou de sa formation ? Parce que sur les trois équipes de recherche mentionnées de l’ENSSIB, il y en a une qui est l’Histoire du livre et qui débouche sur un DEA. Les deux autres, en revanche, intègrent plutôt des chercheurs qui sont issus de la Bibliothèque nationale de France et de laboratoires universitaires.

Mme Neveu
Il y a des enseignants-chercheurs et d’autres étudiants qui suivent un cursus jusqu’à la thèse de doctorat.

M. Galland

Je me demandais si effectivement la recherche fondamentale en archivistique ne trouve pas mieux sa place à un moment où on a déjà une pratique professionnelle qui permet du même coup d’aller plus loin dans le domaine de la recherche fondamentale et de la théorie plutôt qu’immédiatement à la fin d’une formation universitaire. N’est-ce pas le cas de Marie-Anne Chabin ?

Mme Chabin

Pour ce qui concerne ma vocation de chercheur en archivistique, elle date de l’École des Chartes. C’est une interaction permanente. Se pose la question suivante : peut-on être chercheur pour chercher uniquement ? En ce qui me concerne, c’est la diplomatique médiévale enseignée à l’École des Chartes qui m’a donnée un jour l’envie d’écrire une grammaire de l’archive. J’ai réalisé mon idée vingt ans après.

M. Galland

On acquiert une formation préalable, on a une pratique, on a un goût de la recherche. Certains ont un goût de la recherche qu’ils vont développer et du même coup toute leur activité va nourrir ce goût de la recherche. Ensuite, à un moment donné, ils vont prendre du recul pour réfléchir sur ce qu’ils ont pu vivre dans la pratique professionnelle et pour approfondir une réflexion qui a été engagée dès la formation et pour pouvoir faire un temps de recherche fondamentale. Je pense que ce temps de recherche fondamentale est d’autant plus fructueux qu’il intervient après une période de pratique.

Mme Dessolin-Baumann

Je suis d’accord sur le fait que l’on prenne ce temps. Mais j’ai l’impression que c’est presque un luxe dans notre profession ; nous sommes si peu nombreux, nous avons tellement de travail, tellement peu de moyens. Beaucoup d’entre nous y aspire, et tous les gens que je croise au sein des différents groupes de travail envient terriblement les bibliothécaires qui font de la recherche. Parce que dans nos groupes de travail, AFNOR ou ISO, nous collaborons avec des enseignants-chercheurs en Sciences de l’Information. J’ajoute également qu’apparemment, dans les autres pays, des profils de chercheurs se dégagent en archivistique contemporaine. Des pays arrivent à dégager des ressources pour ces recherches. Il faudrait, en s’inspirant de leur organisation, tenter de réaliser la même chose. Cela se fait souvent au sein des écoles d’archivistique.

Mme Neveu
Le problème du traitement du document contemporain a été du « pain béni » pour l’ENSSIB, dans la mesure où pour une école qui cherche des sujets de recherche, l’apparition du numérique a été une mine formidable. L’ENSSIB a voulu répondre à la demande sur le numérique en créant deux structures de recherche spécifiques.

Mme Balsamo, École nationale du Patrimoine

Je voudrais faire une autre remarque. En quoi consistent actuellement les travaux de recherche pour les conservateurs qui sont en formation à l’École nationale du Patrimoine ? Les archivistes qui entrent en formation pour dix-huit mois au sortir de l’École des Chartes, viennent tous avec des travaux de recherche de très haut niveau, mais ce sont des travaux classiques d’investigation historique dirigés par des universitaires. Les universitaires qui dirigent ces travaux bénéficient d’une parfaite souveraineté.

Il est bien dommage que nos jeunes collègues arrivant à l’École ne soient pas orientés d’une manière ou d’une autre, ne soient pas incités plus fermement à réfléchir sur les questions professionnelles. Même si je souscris à l’idée de Bruno Galland : avec un peu d’expérience professionnelle, il est certain que la portée des recherches est différente. Je vois cependant deux pistes possibles pour commencer à créer cette conscience de la recherche en archivistique, de ses enjeux. Il faut aussi la rendre plus visible et la faire mieux accepter non seulement des universitaires qui siègent dans le conseil scientifique, mais aussi de la communauté scientifique d’une manière plus générale qui en ignore trop souvent la portée.

Depuis cette année, nos jeunes collègues futurs archivistes passent cinq mois dans des services d’archives. Ils font des instruments de recherche, à la suite d’une formation sur les instruments de recherche à l’École par des collègues déjà en fonction. Peut-être pourrait-on les orienter aussi sur d’autres questions importantes qui seraient suggérées par vos idées, par des problématiques particulièrement adaptées au service d’archives dans lesquels ils passent leur cinq mois de stage ou particulièrement en relation avec une question d’actualité dans la profession. Cela serait une piste.

Un rapide parallèle : pendant ces cinq mois de stage, les futurs conservateurs de monuments historiques ou les futurs conservateurs de musées rédigent des inventaires de collections de fonds de musées qui peuvent fournir autant de sujets de DEA sur un artiste, sur un mouvement artistique, sur une technique. Un futur conservateur de monuments historiques peut être amené à s’interroger sur un trésor, sur un ensemble lapidaire – Chartres, le trésor de la Cathédrale de Montpellier, le trésor de la Cathédrale de Metz – et proposer un réaménagement qui sera fondé à la fois sur un travail d’investigation scientifique extrêmement approfondi en archives avec toute la documentation historique qui convient et en même temps sera immédiatement applicable ou presque pour l’architecte des Monuments historiques qui sera, après, chargé de l’aménagement d’un trésor. Que se passe-t-il actuellement ? Ce travail n’est pas reconnu comme une recherche historique. Donc il y a là un parallèle que je voulais esquisser rapidement devant vous. Un parallèle qui me frappe beaucoup depuis le début de la journée, sur tous ces différents métiers.

La deuxième piste que je vois est la mission à l’étranger. Jusqu’à présent les jeunes conservateurs en formation allaient à l’étranger un mois. À partir de l’année prochaine, ils passeront deux mois à l’étranger. Leur mission sera plus étroitement liée à un projet – le « projet personnel de recherche ».

J’ai bien enregistré vos demandes et j’espère que nous pourrons les mettre en pratique dans la formation à l’École.

 

[37] Marie-Anne Chabin, ancienne directrice du service des Archives départementales de l’Essonne, ancienne consultante dans un cabinet privé en archivistique et gestion électronique des documents, ancienne administratrice de la bibliothèque d’actualité de l’INA, a créé en 2000 sa société de conseil Archive 17. Marie-Anne Chabin a également publié deux livres : le premier, Je pense donc j’archive, et le deuxième, Le Management de l’archive.
[38] Valérie Neveu, ancienne élève de l’École des Chartes, Conservateur à la Bibliothèque municipale de Rouen de 1988 à 1998 travaille à la Bibliothèque universitaire d’Angers depuis 1998 et s’occupe aussi des fonds spécialisés et de la documentation électronique.
[39] Consultable en ligne à l’URL http://www.sup.adc.education.fr/bib/Etab/Inspec/doc/Rapport99.htm#Fonctionnement des bibliothèques
[40] International Federation of Library Associations, Fédération française de coopération entre bibliothèques, Association des directeurs de bibliothèques universitaires
[41]« La reconstruction de l’économie politique des publications scientifiques », in BBF, 2000-2, pp. 32-42.
[42]BOUKACEM Cherifa  (dir. Jean-Michel Salaün) : Economie de la circulation des articles scientifiques. Soutenance fin 2001.
[43]Colloque Les réseaux changent de siècle, juillet 2000, BNF ; symposium de l’IFLA, août 2000, Gérer la conservation des périodiques et de la presse.
[44]Le terme d’archivage n’est pas ici à prendre dans son sens « archivistique », mais dans son acception courante de conservation et mise à disposition des collections anciennes de périodiques.
[45]Catherine Lupovici, « Les stratégies de gestion et de conservation préventive des documents électroniques », in BBF 2000-4, p. 43.
[46]Ou du centre de documentation, car les professionnels de la documentation se posent le problème dans les mêmes termes que les bibliothécaires.
[47]Yolande Estermann & Alain Jacquesson, « Quelle formation pour les bibliothèques numériques ? »  in BBF 2000-5.
[48]ODEH Souad (dir. Jean-Michel Salaün) : L’économie des réseaux bibliographiques. Soutenance fin 2001.
ROUISSI Jalel (dir. Jean-Michel Salaün) : Bibliothèques en réseaux : les enseignements de l’économie des réseaux – Soutenance fin 2001.
[49]Hervé Rostaing, « Le web et ses outils d’orientation », in BBF 2001-1 p. 68 ; Elisabeth Noël, « Sélectionner des sites Internet », in BBF 2001-1 p. 96.
[50] Les archivistes sont formés, comme les bibliothécaires, dans des écoles supérieures ou des filières universitaires  ; leur association professionnelle, l’AAF, peut être comparée aux diverses associations représentatives du métier de bibliothécaire ; enfin, leur revue professionnelle (la Gazette des archives, publiée par l’AAF) fait référence par la qualité scientifique de ses articles, à l’instar du BBF pour les bibliothécaires.
[51] Sylvie Dessolin-Baumann, titulaire d’une maîtrise de « Mécadocte* » à l’Université de Mulhouse, a créé et développé de 1989 à 1999 le services d’archives et de documentation des Houillères du Bassin de Lorraine, est responsable depuis 1999 de la gestion de l’information pour la société anglo-saxonne Archon Group. Elle est également membre de l’Association des Archivistes français – section des archives d’entreprise – et de la commission de l’AFNOR chargée d’élaborer la norme internationale sur le Records management.
Elle est actuellement responsable d’Information management à Archon Group France qui est une filiale de la première banque new-yorkaise, première banque mondiale, Goldman Sachs. Archon Group France est la plate-forme européenne de gestion d’actifs de Goldman Sachs, contrairement à ce que pourrait laisser penser le mot « France ».
* La filière MECADOCTE (Métiers de la Culture, des Archives et de la Documentation pour les Collectivités Territoriales) fut créée en 1976 au sein de la Faculté des Lettres et sciences humaines de l’Université de Haute-Alsace. Elle prépare aux métiers des archives, de la documentation et des musées techniques. Elle se divise en deux options : « Muséologie scientifique et technique » (pour les niveaux licence et maîtrise) et « Techniques d’Archives et de Documentation » (pour les niveaux licence, maîtrise et DESS).
Outre les cours d’archivistique, de paléographie, de gestion, d’histoire des institutions et de droit, l’option archivistique propose des cours de catalogage, de documentation, de communication, d’histoire de l’art et d’histoire des entreprises. La licence comprend deux stages d’un mois dans des services d’archives publiques. La maîtrise comprend deux stages équivalant à deux mois au minimum souvent au sein d’un service d’archives d’entreprise.
Site : http://www.mecadocte.flsh.uha.fr
[52] Core business veut dire « métier de base ». Au sens d’activité première d’entreprise. Core activity signifie « cœur de métier ». L’expression « cœur de métier » est imagée et fait référence au « secteur qui constitue le cœur même de l’activité d’une entreprise et pour lequel elle a acquis des compétences propres à la délivrance de produits ou de services dans un domaine donné ».
[53] Argus, vol. 27, n° 2, p. 33.

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