Second article de cette sous-série sur le thème du statut d’archiviste indépendant, qui est assez singulier dans notre profession. Pour ce second portrait, Cathy Dévrillon, diplômée du DESS « Histoire et métiers des archives », nous présente son parcours.
Cathy Dévrillon travaille en indépendant, sous la marque madame papier comme archiviste, cheffe de projet valorisation culture.
Voici son parcours
La voie des archives, retour sur un parcours universitaire :
J’ai d’abord étudié l’histoire à l’université de Bretagne occidentale (UBO) – Brest. Mon mémoire de maîtrise consistait notamment à faire un inventaire… de fontaines ! J’ai souhaité m’orienter vers les archives à l’issue de ma maîtrise. Afin de pouvoir intégrer un des deux DESS en archivistique (Angers ou Mulhouse), il fallait avoir réalisé différents stages, ce que j’ai fait durant un an, entre Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, Archives du diocèse de Rennes et Ville de Vitré. J’ai ensuite intégré la deuxième promotion du DESS Histoire et métiers des archives de l’Université d’Angers. En 2004, j’ai complété ma formation initiale en étudiant la conception de projets culturels à l’université d’Aix-Marseille (licence pro activités culturelles et artistiques, spécialité conception et mise en œuvre de projets culturels).
Débuts dans le monde professionnel et premier poste :
J’ai commencé par faire plusieurs remplacements, aux Archives du Conseil régional de Bretagne, puis aux Aéroports de Paris. Je souhaitais exercer dans le secteur privé et j’ai été recrutée par le Crédit commercial de France en 1998 pour travailler sur les fonds historiques, et plus particulièrement sur les archives de la Seconde Guerre mondiale. Le sujet des spoliations antisémites était revenu sur le devant de la scène et il était nécessaire de faire la lumière sur cette période, notamment sur les mécanismes de spoliation et de restitution et de permettre des réparations. C’était un poste très important car il y avait une demande collective de vérité et une demande individuelle de réparation si les biens n’avaient pas été restitués. Sur le strict plan des archives, cela a montré la nécessité de disposer de spécialistes formés pour mener une recherche archivistique complexe… et ainsi le CCF a pérennisé le poste en me permettant de mettre en place le service des archives historiques du CCF, maintenant HSBC France
Comment votre carrière a-t’elle évolué ? Quel poste occupez vous actuellement ?
Après cette première expérience significative dans le secteur bancaire, je suis partie vivre en Polynésie française. C’est sur ce territoire que j’ai eu l’occasion de collaborer avec plusieurs acteurs du secteur culturel et d’apporter mon expertise d’archiviste sur des projets autour du centenaire de la mort de Paul Gauguin, comme le Centre d’interprétation Paul Gauguin à Atuona (Marquises), et l’exposition « Iorana Gauguin » au Musée de Tahiti et des îles : inventaire des archives de Paul Gauguin conservées à Tahiti, recherches d’archives pour illustrer la chronologie polynésienne de Gauguin et apporter un éclairage local aux épisodes polynésiens de Paul Gauguin, recherches iconographiques et archivistiques pour le parcours de l’exposition et du centre d’interprétation et le catalogue. Ces expériences m’ont donné l’envie de me former aux outils et méthodes de valorisation qui n’étaient pas étudiés en formation continue archives. Dès mon retour dans l’hexagone, je me suis installée sous la marque « madame papier », afin de proposer mes services auprès d’entreprises, d’associations, de fondations, de collectivités territoriales ou d’établissements publics. C’est cette expérience polynésienne qui a donné à mon offre cette particularité archives & valorisation : « de vos archives à votre communication, révélez la culture de votre organisation ».
Et dans 5 ans ?
J’espère pouvoir continuer à apporter mon goût de l’archive et le professionnalisme dans les projets de valorisation, tout en prenant plaisir à exercer et découvrir de nouveaux domaines.
Qu’est-ce qui vous plaît dans votre poste actuel ?
Cela fait maintenant près de 30 ans que je mets mon savoir-faire et mon expertise au services d’organisations privées ou publiques. Je place l’archive au cœur de mes missions et accompagne mes clients dans l’étude, la conception et la mise en œuvre de leurs projets archives. Identifier, organiser, donner à voir les archives en maîtrisant les outils et les normes… des missions menées avec passion !
J’ai la chance d’accompagner certains clients depuis plusieurs années. C’est une marque de confiance et une vraie opportunité d’apporter une expertise auprès d‘acteurs majeurs de différents secteurs d’activité. Parallèlement, travailler en mode projet, me permet de m’investir dans des aventures où je découvre de nouveaux secteurs et de nouveaux univers. C’est très enrichissant et mon rôle varie selon les projets.
Un moment marquant dans votre carrière ou représentatif de votre poste actuel ?
C’est difficile de choisir un moment privilégié, tant j’ai pris un grand plaisir à travailler sur de nombreux projets.
J’ai choisi de vous présenter mon accompagnement du Musée national Picasso-Paris (MnPP) pour la création du Centre d’études Picasso (https://www.museepicassoparis.fr/fr/ouverture-du-portail-numerique-du-centre-detudes-picasso), centre de ressources physique et virtuel ouvert respectivement en juin 2024 et au printemps 2025.
Sur ce projet, j’ai eu la possibilité de mobiliser de nombreuses expertises. Je suis tout d’abord intervenue en amont avec une collègue muséographe spécialisée en gestion de projet sur la définition du projet en réalisant le schéma directeur de mise en œuvre pour aboutir à la création de ce Centre d’études Picasso. J’ai ensuite accompagné durant trois ans les équipes sur : la préparation des fonds et des ressources et notamment le chantier des archives Picasso ; la numérisation des collections et fonds photographiques (AMO marché et suivi d’exécution) ; la mise à niveau des différentes bases du données du MnPP avec contribution à la mise en œuvre des évolutions et travail sur les métadonnées ; la conception et réalisation du portail de ressources du CEP https://cep.museepicassoparis.fr/) (AMO définition des besoins, marché et suivi d’exécution) ; la problématique juridique de diffusion en ligne des archives Picasso. Cette mission s’est déroulée sur trois ans et m’a permis de mobiliser mes compétences archives, mais aussi d’autres compétences développées au fil de mes différentes expériences dont la conception de portail de ressources.
J’aime travailler sur des projets qui associent valorisation des fonds et diffusion des archives. Outre le fait de permettre l’accès au plus grand nombre des archives, c’est professionnellement une dynamique positive, avec plusieurs acteurs, des profils variés. Si sur les projets de valorisation on pense d’abord aux muséographes, scénographes, chefs de projet culturel, la part archivistique est très importante et au-delà de l’expertise sur la valeur des pièces, on est ici dans les métadonnées, les normes de description, l’interopérabilité, les instruments de recherche, la description… au cœur du métier des archivistes.
Question bonus : l’Aedaa et vous. Que vous évoque votre passage dans l’association ?
C’est avec quelques camarades de promotion que nous avons créé l’AEDAA en 1995-1996. Nous avions ressenti le besoin de mettre en place une structure qui permettrait aux étudiants de regrouper notamment les offres d’emplois, mais aussi d’être un point d’ancrage pour les étudiants. Valérie Poinsotte, alors responsable de la formation avait apporté son soutien au projet.

Un grand merci à Cathy pour être revenue sur son parcours !