Coopération et archivistique : normes et partage de la connaissance

Il existe de nombreuses manières de coopérer et les archivistes en savent quelque chose. La coopération peut prendre des formes très différentes, par le biais d’associations ou de coopérations institutionnelles.

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Aujourd’hui, nous nous sommes intéressées à la production de documents communs permettant le partage de connaissances et la normalisation des pratiques. Une large partie de ce billet est consacrée aux normes. Il existe de nombreuses normes relatives (directement ou indirectement) aux activités de l’archiviste et l’ICA est un acteur important de la normalisation. Avant de commencer, voici un rapide descriptif des étapes à respecter pour mettre en place votre prochaine norme :

  • Spécifier les besoins de standardisation
  • Former un groupe de travail international regroupant des experts de la question
  • Proposer votre travail à l’International Organization for Standardisation (ISO)

ISO 15489 : une nouvelle dynamique

La norme ISO 15489 sur le records management se refait une jeunesse, après sa publication en 2001 (partie 1) et 2002 (partie 2). Le processus de révision mené entre 2012 et 2016 a permis de prendre en compte les nouveaux contextes de travail. L’accent est mis sur la souplesse et l’intégration dans l’environnement de travail : favoriser l’utilisation et la réutilisation de documents d’activités, intégrer le travail collaboratif, prendre en compte les environnements multi-juridictionnels, rendre plus souples certaines activités (classement, règles d’accès)  pour s’adapter à des contextes dynamiques.

La norme comprend les éléments suivants :

  • des principes pour créer, capturer et gérer des documents d’activités dans tous les environnements et à travers le temps
  • des définitions de concepts-clefs : documents, documents d’activités, métadonnées
  • l’explication du rôle de l’évaluation
  • une analyse de la façon dont les politiques et les responsabilités peuvent soutenir ce que nous faisons
  • le contrôle des documents (schémas de métadonnées)
  • les processus pour créer, capturer et gérer les documents d’activités

Records in Context : une nouvelle norme pour les archives

Le groupe d’experts sur la description archivistique (EGAD) de l’ICA présentait sa nouvelle norme à Séoul : Records in Context. L’objectif de cette norme est d’intégrer davantage le concept de provenance et les possibilités qu’offrent les outils numériques dans la normalisation, tout en tenant compte de la diversité des traditions archivistiques. La norme présente deux objets :
•RIC-CM (Records in Context – Conceptual Model) : un modèle conceptuel permettant de documenter les entités-clefs et leurs relations, notamment grâce à des diagrammes.
•RIC-O (Records in Context – Ontologies) : une ontologie pour la description archivistique basée sur RIC-CM et qui utilise le langage OWL.

Si vous souhaitez en savoir davantage, nous vous invitons à consulter le site internet de l’ICA.

Un projet français en cours de réalisation s’appuiera sur cette norme pour connecter les métadonnées de trois institutions (AN, BnF et SIAF) et construire un gisement de données organisé. La première phase consiste en la réalisation d’un prototype s’appuyant sur l’ontologie du RIC et permettant d’adapter au projet les outils de visualisation de données existants.

Le PIAF : un exemple de partage international de connaissances

Dans les années 80, une idée mûrit au sein de l’Association internationale des archivistes francophones (AIAF) : mettre au point un outil pour donner un accès à la documentation archivistique aux professionnels isolés (pour qui même l’achat d’un manuel peut être compliqué). Son fonctionnement actuel au sein de l’AIAF repose sur un comité de pilotage composé de 12 personnes de pays différents et deux salariés (webmastering et gestion des outils informatiques).
Le PIAF propose 3 modules principaux :
– Se former : plateforme de cours en ligne. La particularité du PIAF est de fournir des cours plutôt interactifs, avec des exercices, la possibilité de construire son propre parcours de formation et celle de poser des questions. Les contenus pédagogiques en ligne peuvent être utilisés dans le cadre de tutorats ou de formations. Le Piaf propose également une session de stage en présentiel par an.
– Se documenter : un ensemble d’informations liées à l’archivistique francophone (bibliographie, webographie, blogue, annuaire des services d’archives francophones, recueil en ligne des textes fondamentaux,…)
– Un espace professionnel : sous forme de portfolio, la plateforme Mahara offre un espace de travail collaboratif pour les archivistes francophones. 1100 personnes y sont inscrites et 98 groupes de réflexion ont déjà été ouverts.
Margot Georges et Magalie Moysan

Séoul by night

Séoul est une ville qui se regarde de haut ou de nuit. De nuit, les néons s’allument…

Séoul ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Séoul
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Les écrans brillent et le feu des lumières illumine les façades

Séoul - quartier Dungdeamun ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Séoul – quartier Dongdaemun
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

La vie ne s’arrête pas, les voitures sont toujours aussi nombreuses,

Séoul ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Séoul
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Il est encore possible de faire du shopping…

Centre commercial Dungdeamun ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Centre commercial Dongdaemun
©Margot Georges (CC BY-NC-SA

Ou d’admirer les nombreuses statues présentes dans les rues de la ville

Séoul ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Séoul
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

La balade la plus agréable est sûrement celle qui longe le canal Cheonggyecheon

Cheonggyecheon ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Cheonggyecheon
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

 

Coopération et archivistique

En 1988, Séoul accueillait les jeux olympiques. En 2016, cette même ville réunit non pas les meilleurs sportifs de toutes les nations mais des archivistes du monde entier.

Porte de la Paix (stade olympique) ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Porte de la Paix (stade olympique)
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

L’objectif du congrès de l’ICA  diffère de celui des JO : « ici on ne joue pas les uns contre les autres mais on coopère au service du monde » (John Hocking). Charles Farrugia, des Archives nationales de Malte, souligne d’ailleurs que les archivistes ont évolué en terme de coopération. Il note, en citant Jerry Cook, que l’archiviste est passé du statut de « passive curator » à celui de « community facilitator » en passant par « active appraiser » et « societal mediator ». Trois éléments ont appuyé ces modifications : des évolutions philosophiques (avec Derrida par exemple), des nouveaux outils techniques (internet principalement) et l’amélioration de la communication (avec la mise au point de normes et langages communs).

Lorsque Google coopère avec les institutions culturelles

L’institut culturel de Google situé à Paris et à Londres, emploie 30 ingénieurs chargés d’allier technologie et patrimoine. Plusieurs types de projets sont menés :

– la numérisation : Google utile ses technologies pour numériser des œuvres en très haute définition, comme le plafond de Marc Chagall de l’opéra Garnier, ou proposer des visites virtuelles (par exemple  le Théâtre national de Corée).
– le management de l’information : avec des filtres de recherche dans les images et  les visites virtuelles (par auteur, par ville, voire même par couleur dominante)
– La publication stratégique en ligne de l’information
– les résidences d’artistes, alliant technique et création artistique, comme la peinture 3D
– Le machine Learning : les numérisations et mises en ligne du patrimoine ont débouché sur la construction d’une gigantesque base de données.
– la réalité virtuelle, qui a donné lieu à la conception de lunettes de réalité virtuelle en carton et en open source.

Améliorer l’accès et développer de nouvelles collaborations en Australie

Donner accès à l’information, c’est aussi l’ambition des Archives nationales d’Australie. Le titre du poster de Caroline Webberr (Archives nationales d’Australie) avait de quoi nous interpeler : Discovering yourself : creating new ways to bring people out of the archives (La découverte de soi : à la recherche de nouveaux moyens permettant à chacun de mieux se connaître grâce aux archives). Ce projet d’envergure consistait à mettre en place un portail commun d’interrogation des différentes bases de données de description d’archives. L’objectif est de s’adapter au lecteur et non l’inverse, en proposant un mode de recherche simple et pertinent.  L’utilisateur peut ainsi faire des recherches à partir d’un nom de famille, puis filtrer selon la date, le type de sources, etc. L’outil intègre la gestion des fautes d’orthographe ou les évolutions des noms de famille à travers le temps.  Un portail similaire devrait être mis en service d’ici la fin 2017 en France : France Archives.

En Australie toujours, un projet de collaboration entre les Archives nationales et les Îles Fidji a vu le jour. L’objectif était de proposer un accompagnement à l’archivage aux îles Fidji, pour des raisons philosophiques (droit humain, réduction de la pauvreté et des inégalités), politiques et administratives (projet soutenu dans le cadre de l’official development (ODA)).

Plusieurs activités ont été mises en place :

  • Soutien au déploiement de solutions d’archivage dans les Iles Fidji
  • Soutien en termes de moyens humains
  • Formation du personnel sur place
  • Mise à disposition de matériel (notamment pour la numérisation)
  • Accueil d’étudiants dans des cours d’archivistique au sein des universités australiennes
  • Organisation d’évènements dans les zones rurales.

Margot Georges et Magalie Moysan

 

Autour du Coex : voyage en tradition coréenne

Si les communications en coréen traduites dans un anglais précaire ont pu altérer notre zen attitude,  nous avons pu nous détendre au sein du Bongeun-sa ou nous changer les idées en visitant Seolleung-Jeongneung.

Bongeun-sa

Fondé en 794, ce temple boutique a subi de nombreuses reconstructions. Nous y pénétrons par la porte de la vérité, un chemin de lanterne nous guide ensuite jusqu’au temple.

Lanternes du temple © Magalie Moysan (CC0)

Lanternes du temple
© Magalie Moysan (CC0)

Le temple est composé de plusieurs « maisonnettes » abritant des lieux de prières et d’études.

Bongeunsa ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Bongeunsa
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Si nous n’avons pas pénétré dans les « salles de prières » nous avons tout de même pu écouter les psalmodies musicales des moines bouddhistes.

Bongeunsa ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Bongeunsa
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Seolleung-Jeongneung

Le quartier du Coex abrite également la tombe royale Seolleung (선릉) et le tombeau royal de Jeongneung (정릉).

Seolleung ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Seolleung
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

La route de gauche étant réservée aux esprits, nous avons emprunté celle de droite, utilisée elle traditionnellement par la tombe royale.

Seolleung ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Seolleung
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Le tombeau du roi rejoint ensuite la tombe Royale grâce à un jeu de bois roulants et de cordes avant d’être recouvert d’une colline de terre.

Seolleung ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Seolleung
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Amitié et harmonie entre les peuples

La conférence quadriennale de l’ICA a pour thème cette année : « Archives, harmonie et amitié ». Ce thème illustre bien l’état d’esprit coréen, qui se retrouve jusque dans la pratique archiviste.

Cadenas de Namsam ©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

Cadenas de Namsam
©Margot Georges (CC BY-NC-SA)

L’harmonie et le peuple coréen

La Corée s’inscrit dans une longue tradition de conservation d’archives. Les membres de l’Académie des études coréennes nous en ont dressé un panorama instructif :

  • Une pratique ancienne de conciliation des évènements : les Uigwe

Les Uigwe sont les archives des protocoles royaux. Ce sont de petits manuscrits rédigés pour les évènements de cour de la dynastie Joseon décrivant ceux-ci avec de multiples détails. Utilisés au départ pour servir de référence pour l’organisation d’évènements similaires, ils deviennent petit à petit une pratique « d’archivage » du règne. Pour chaque évènement, deux Uigwe sont rédigés : l’un pour le roi et l’autre pour le dépôt national (cet exemplaire est ouvert à tous les citoyens). Les deux versions présentent des différences tant dans leur support (utilisation de chanvre et de fer pour l’exemplaire public, utilisation de papier, de soie et de cuivre pour celui du roi) que dans leur contenu (la version destinée au roi est souvent plus précise et plus ouvragée).

  • Une tradition forte : la possession de livre, manuscrits et archives

La tradition coréenne accorde une place importante à deux valeurs qui ont permis la constitution des collections actuelles des institutions patrimoniales de Corée : la conservation de livres et manuscrits et la culture du don. Le confucianisme, très implanté en Corée, accorde ainsi une place importante à la connaissance des ancêtres et à l’amélioration personnelle qui passent toutes les deux par la possession de livres. Les grandes familles ont donc mené une activité importante de collecte d’ouvrages et de manuscrits. Elles ont construit, au sein de leur lieu d’habitation, des bibliothèques qui servaient à la fois de salle de lecture, de lieu de réception et de lieu d’éducation notamment pour les enfants. La bibliothèque était d’ailleurs l’un des éléments de reconnaissance des grandes familles avec la possession d’esclaves et de terrains.

  • Rendre les archives disponibles : la numérisation

La culture du don se traduit également aujourd’hui dans la vitalité des projets de numérisation et de mise à disposition en ligne du patrimoine de Corée. La mise en ligne de documents s’accompagne de la création de bases de connaissances permettant la compréhension de ceux-ci. Par exemple :
– création de filtres de recherche thématiques (par date, par lieu, par dynastie, etc.)
– création de liens entre des écrits similaires au sein des textes (qui permettent par exemple de traduire plus précisément des termes d’ancien coréen)
– accumulation d’informations permettant de croiser des documents d’histoire économique et des documents d’histoire sociale
– accumulation d’informations sur les écritures et les signatures, avec par exemple la création d’une base de données répertoriant les différentes manières d’écrire un caractère suivant le lieu.

Harmonie des peuples à travers le monde : Nations Unies et Archives

John Hocking, sous-secrétaire général adjoint des Nations-Unis tenait la première keynote de cette conférence. Pour lui, les archives sont comme la réserve mondiale de Svalbard, la plus grande banque de semences au monde. Gérées comme des archives, ces semences sont une inspiration pour la paix dans le monde. Leur rôle premier est de pallier la disparition accidentelle d’une espèce, comme celui des archives est d’assurer le lien entre passé et futur. John Hocking invite donc les archivistes à sortir de la boîte et à parcourir le monde : « indépendamment du lieu et du temps, vos archives peuvent contenir la clef d’une situation », « en conservant le passé, on protège le présent et le futur ».

Les archives, en tant que traces de l’activité des hommes ont un rôle judiciaire. Elles peuvent servir à dénoncer et juger des crimes contre l’humanité (le jugement est facilité par un accès possible aux archives de la jurisprudence internationale) et à fixer la réalité historique dans le temps. Mais elles ont aussi un rôle pacifique de cohésion entre les peuples. Les archives du procès du génocide du Rwanda favorisent par exemple la réconciliation collective ou personnelle grâce à la lecture des témoignages de pardons des victimes ou d’excuses des accusés. Un deuxième exemple est celui des institutions de conservation d’archives australiennes qui travaillent actuellement à la reconstruction du passé des enfants volés aux aborigènes.

Les archives, en tant qu’héritage de l’humanité, font également l’objet de nombreuses coopérations. Le sauvetage des archives et manuscrits de Tombouctou organisé par Abdel Kader Haïdara qui a nécessité l’intervention de nombreuses personnes et l’enregistrement des archives de Singapour par les citoyens en sont deux exemples intéressants. Mais nous aurons l’occasion se revenir sur cette notion de collaboration.

Harmonie et réconciliation

La cohésion entre les peuples était également abordée sous un autre angle ce mardi. Evan Tucker, archiviste à l’université de Californie et chercheur à l’université de Chicago, présentait un projet de numérisation sur la communauté des chicanos (Mexicains-Américains). Le mouvement des Chicanos pour les droits civiques était très actif dans les années 1960 et s’est fait sévèrement réprimé. L’université de Californie a récemment entrepris de numériser leur journal, La Raza, entré par voie extraordinaire dans ses fonds. Elle entendait ainsi faire connaître l’histoire des Chicanos et donner une fonction plus sociale à ses archives.

La numérisation et l’indexation ont été menées en concertation avec des membres de la communauté des Chicanos. Une communication large en leur direction a également été assurée pour que ceux qui le souhaitent puissent taguer les photographies. Parallèlement, ce fonds sert de ressource pédagogique pour les enseignants, les archives remplissant ainsi leur rôle de transmission, entre les générations et les communautés.

Magalie Moysan et Margot Georges